Vidéo - Zistwar : Le fils de l’amour entre une esclave et son maître

Rédigé le 24/07/2022
SF

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“La Réunion avait un fils extraordinaire, d’une intelligence prodigieuse. Le premier scientifique de l’océan Indien est un Réunionnais, né à l’îlet Bassin Plat à Saint-Pierre”. Il s’appelle Jean Baptiste Lislet Geoffroy, et c’est quelque chose que l’on avait oublié. Mario Serviable, géographe, spécialiste de l'Éducation populaire, nous conte son histoire.

L’histoire de Jean-Baptiste Lislet Geoffroy, né le 13 avril 1755 à Saint-Pierre, est celle d’un enfant d’esclave qui deviendra le premier homme noir à l’académie des Sciences de Paris. Celle d'un homme qui devient libre et accomplit de grandes choses. Pour comprendre son périple, il faut s'intéresser à Niama, sa mère, princesse sénégalaise dont le destin bascule alors qu’elle n’est âgée que de 9 ans.



Petite fille du roi du Gajaaga, alors que le royaume tombe, elle se fait capturer et est envoyée à l’Isle de France (qui deviendra l’Ile Maurice) pour être réduite en esclave. Elle devient Marie-Geneviève, négresse de Guinée, et est achetée par Jean Baptiste Geoffroy.
C’est le début d’un amour interdit entre le maître et son esclave. Marie-Geneviève donne naissance à Jeanne Thérèse, et le couple s’installe le plus loin possible du chef-lieu, sur l’île Bourbon où le code noir est en vigueur. 

Leur relation reste cachée, lui vit dans la case, elle, en sa condition d’esclave parmi les esclaves, dans le cabanon. Les amants interdits ont un second enfant, un fils : Jean-Baptiste, fils naturel de Niama, esclave de Geoffroy. Ce dernier parvient à affranchir Niama et par conséquent son fils.

Celui qui a “honoré les races de couleur en même temps que l'humanité”

Dès lors, Jean Baptiste Geoffroy inculque son savoir au garçon avant de l’envoyer à l'Isle de France pour y poursuivre des études. Avant de partir, Jean-Baptiste se voit attribuer un nom de famille. Il devient Jean-Baptiste Lislet, en raison de son lieu de naissance (Lislet Bassin PLat).

Il devient astronome, botaniste, cartographe et géologue, et finit par être le correspondant de l’Académie des Sciences. Lorsque les Britanniques s'emparent de l’Isle de France, il est chargé de leur transmettre les cartes. Il est finalement accueilli par les Britanniques qui lui proposent de rester, ce qu’il fait.

Il meurt le 8 février 1838 dans sa maison de la rue d'Artois à Port-Louis, à l’âge de 81 ans.

L'abolitionniste français François-André Isambert lui rend hommage en déclarant à la Chambre des députés que Jean-Baptiste Lislet Geoffroy avait “honoré les races de couleur en même temps que l'humanité “.