Des maires refusent de mettre les drapeaux en berne pour Elizabeth II

Rédigé le 14/09/2022
Maxime Bonnet

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Suite au décès de la souveraine britannique, la première ministre Elisabeth Borne a envoyé un courrier à tous les maires de France afin de mettre les drapeaux en berne sur les bâtiments officiels. Une demande que plusieurs édiles hexagonaux ont déjà annoncé qu'ils ne suivraient pas.

À la demande du président Emmanuel Macron, Elisabeth Borne a envoyé un courrier à tous les maires du pays pour leur demander de mettre les drapeaux en berne le lundi 19 septembre, date de l'inhumation d'Elizabeth II. Si ce geste peut sembler honorable pour rendre hommage à la reine disparue, francophone et francophile, il intervient également à un moment où les relations entre les deux pays sont au plus bas.
 
Pourtant, cette décision n'a pas manqué de faire grincer des dents plusieurs élus, sur un large spectre politique. Parmi les premiers à monter au créneau contre cet hommage, le maire LFI de Faches-Thumesnil (Nord), Patrick Proisy. "Est-ce fait pour tous les chefs d'État qui décèdent ? Notre République fait-elle de la préférence pour une monarque, cheffe d'une Église ?", écrit l'élu sur twitter. Même réaction chez Yann Galut, maire DVG de Bourges dans le département du Cher. "Je respecte la douleur de nos amis anglais mais je ne mettrai pas les drapeaux français sur le fronton des bâtiments municipaux de la ville de Bourges demandée par Elisabeth Borne. Cette demande me paraît incroyable", explique le maire.

Une initiative qui fait débat
 
Philippe Laurent, vice-président de l'Association des maires de France, a fait part de son malaise devant cette demande, auprès de nos confrères de Libération. "Le maire est à la fois agent exécutif de la commune et un agent de l’État. Si on considère que cette affaire de pavoisement se fait dans le cadre de sa responsabilité en tant que représentant de l’État, alors il est placé sous la hiérarchie du préfet et doit obtempérer", rappelle l'élu, tout en reconnaissant que la question est "complexe".
 
Le principe de libre administration laisse la liberté aux maires de faire appliquer cette décision. Ils ont par contre l'obligation de le faire en cas de décret présidentiel sur une ou des journées de deuil national. Cela avait été notamment le cas lors des attentats de 2015. En 2005, de nombreux élus avaient également critiqué la décision de mettre en berne les drapeaux à l'annonce du décès de Jean-Paul II, au nom de la séparation entre les églises et l'État.  

À l'inverse, la Collectivité de Corse avait décidé, en mars, de mettre les drapeaux en berne suite à la mort d'Yan Colonna. Si cette décision avait été critiquée, aucune mesure n'avait été prise contre les élus qui avaient suivi cette demande.