​Les migrants sri lankais numérotés, un avocat trouve le procédé choquant

Rédigé le 23/09/2022
Isabelle Serre

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Le marathon judiciaire se poursuivait ce vendredi pour les migrants sri lankais qui ont posé le pied à La Réunion samedi dernier. Leur sort, sur ce volet strict de leur maintien en zone d’attente, sera connu lundi après-midi. La plaidoirie des avocats aura été marquée ce vendredi après-midi par l’intervention de Me Yannick Mardenalom.

Deux jours après leur très long passage devant trois juges des libertés et de la détention, les migrants sri lankais comparaissaient de nouveau devant un juge, cette fois à leur demande puisqu’ils avaient fait appel. 

Les migrants se sont donc présentés à la cour d’appel pour contester la décision prise par les trois juges des libertés et de la détention mercredi dernier. Ces derniers avaient décidé du maintien des ressortissants en zone d’attente pour une durée de huit jours supplémentaires. Une décision qu’ont contestée dans la foulée les avocats des migrants. 

Une nouvelle audience présidée par Jacques Rousseau, qui s’est dit « stressé », s’est donc déroulée tout ce vendredi après-midi pour finir à 19h00.

Il faut dire que les conditions de tenue de cette audience étaient difficiles. L’interprète intervenait en direct de métropole par téléphone mais les images et le son étaient de mauvaise qualité.

 « C’est comme si on était emprisonné. On est coincé à l’hôtel »

Chaque candidat au titre de séjour en France ont été interrogés à la barre. Les enfants étaient également présents. Seuls cinq Tamouls n’ont pas souhaité entrer dans le bus qui les menait de l’hôtel Le Sélect situé dans le centre ville de Saint-Denis au prétoire de la rue Juliette Dodu. Ceux-là avaient donc décidé de faire l’impasse sur la procédure en appel.

Parmi les appelants, tous ont indiqué se trouver dans des conditions peu convenables, les sorties prévues dans leur cas n’étant pas au programme de leur journée. « C’est comme si on était emprisonné. On est coincé à l’hôtel », « on a rien pour laver nos vêtements », « j’ai mal aux dents. J’ai demandé des médicaments mais on ne m’a rien donné », « j’ai besoin de chaussures mais on ne m’a rien donné », « on n’a pas de liberté, comme au Sri Lanka », « on a qu’une bouteille d’eau par jour », « on n’a pas pu téléphoner chez nous », « je viens ici pour chercher la liberté et je ne peux pas sortir », « On n’a pas eu de dentifrice pendant 4 jours ». Les déclarations des Sri lankais se sont enchaînées avec à chaque fois les mêmes récriminations. Plusieurs étaient pieds nus et ont indiqué que leurs chaussures étaient tombées du bateau pendant la traversée. 

Le président a pris acte et le greffier a entériné chaque déclaration.

« A l’aéroport, on n’a pas de lumière dans nos chambres qui ne sont pas ventilées », a aussi indiqué un jeune de 18 ans venu avec son père et son petit frère. Les familles sont en effet maintenues au centre de rétention situé dans la zone aéroportuaire Roland Garros depuis leur premier jour à La Réunion. Des familles qui ont comparu également ce matin dans le cadre d'un référé devant le tribunal administratif.

La PAF rétablit "sa" vérité

La Police aux frontières, par la voix de son avocat, a démenti ces allégations et a indiqué que les ressortissants étaient libres de leurs mouvements dans l’enceinte de l’hôtel et que leurs conditions d’hébergement sont conformes à celles préconisées dans les textes de loi. Concernant le ménage et la blanchisserie, elles sont organisées régulièrement. Un registre permet de l’attester. Des chaussures auraient été proposées à ceux qui n’en avaient pas et un procès verbal précise que les intéressés ont refusé.

Au soutien des intérêts des migrants afin qu’ils retrouvent la liberté, sept avocats ont plaidé tour à tour. Ils ont pointé plusieurs irrégularités. Pour les robes noires, l’audience de mercredi dernier devant le JLD a été organisée trop tard, le délai légal de quatre jours en zone d’attente ayant expiré au moment de l’audience de prolongation. Les conditions d’accueil en zone d’attente ne sont pas dignes (sortie à l’air libre, fourniture de kit d’hygiène, médicaments) et la notification de leurs droits a été trop rapide. Enfin, le sort réservé aux deux familles placées à Gillot est abordé sous l’angle de la convention internationale des droits de l’enfant. Celle-ci précise en effet que l’enfermement d’un mineur est impossible car elle peut entraîner des troubles préjudiciables.

L'allusion à la déportation des Juifs

« On les traite moins bien que des criminels », évoquera ainsi un conseil. D’autres irrégularités de procédure ont été soulevées à l’instar de la compétence de la Douane ayant procédé au placement en zone d’attente.

Fermant le ban, Me Yannick Mardenalom a repris pendant de longues minutes l’ensemble des arguments développés par ses confrères avant lui. Sa plaidoirie a été marquée par une analogie faisant référence aux pires heures de l’histoire de France. 

L’avocat a ainsi regretté que les migrants soient numérotés, avec un bracelet au poignet. Un procédé utilisé par l’institution judiciaire pour s’y retrouver plus facilement dans l’ensemble des formalités à effectuer pour les nombreux protagonistes. 

« Ils ont fait ça au Vel d’Hiv, ils ont fait ça à Drancy , ils ne feront pas ça à Saint-Denis », s’est exclamé Me Yannick Mardenalom pour marquer sa désapprobation sur le procédé utilisé.

Le délibéré quant au maintien en zone d’attente sera connu lundi à 14 heures.