Violences familiales : "Il met des claques au bébé de 11 mois quand il pleure"

Rédigé le 20/01/2023
Regis Labrousse

4

Ce 20 janvier 2023, Gerald S., 37 ans, n'est pas prêt de l'oublier. Il comparaissait ce jour devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis pour des faits de violences sur conjoint et sur ascendants. S'il a la main leste avec sa compagne, il l'a également avec ses quatre enfants dont le dernier était âgé de 11 mois au moment des faits en 2020.

Gerald S. et sa compagne reconnaissaient tous deux un très fort penchant pour l'alcool. Quand ils boivent, ils se disputent. Le 16 janvier dernier, une nouvelle dispute sur fond d'alcool éclate. Gérald S., quand il a bu, aime reprocher à sa compagne le poids de sa responsabilité dans le placement de leurs quatre enfants depuis avril 2020.

Il s'énerve et lui met une grosse claque avant de s'enfuir. La police intervient à une heure du matin et finit par interpeller le fuyard non loin du domicile de sa compagne vers midi. La victime obtient une ITT de 1 jour. Il est contrôlé avec un taux d'alcool dans le sang de 2,48g/l presque 12 heures après les faits alors qu'il indique n'avoir rien bu après être parti. 

À la barre, il nie les violences dans un premier temps avant de se repositionner quelque peu face à l'insistance de la présidente : "Comment mi rappelle mi lé tout le temps soul. Quand mi lève le matin, mi na le trou noir. Mi pense que c'est possible, si bana i dit, lé vrai", concède le prévenu. Pour autant, il n'est pas au bout de ses problèmes car il est également poursuivi pour des faits de violences envers sa compagne et ses enfants le 26 avril 2020. Si l'enquête a mis du temps, elle a le mérite d'avoir abouti. Au moment des faits, les trois filles de 8, 6 et 3 ans avaient reçu une ITT de 15 jours chacune et le garçon de 11 mois, une ITT de 1 jour. À ce titre, il est aussi poursuivi pour des violences sur ascendants du 1er au 30 avril 2020. 

"ll ne supporte pas les enfants et au moindre prétexte, il les frappe"

"Oui oui papa nous tape. Il m'a déjà frappée avec un fouet et une ceinture ", rapporte une des fillettes après son placement. La mère parle de coups de poing à son encontre et de coups de ceinture, de savate et de coups de fouets envers les enfants quand il a bu. "Lé deux lé pareil, le reste lé menteur", se défend-il en chargeant sa compagne au passage.

Concernant les violences régulières, "peut être quand je suis soul", admet-il. "C'est déplorable qu'il nie tout en bloc. Tout le monde ment sauf lui. Il ne supporte pas les enfants et au moindre prétexte, il les frappe. Il met des claques au bébé de 11 mois quand il pleure. Son seul mode de communication, ce sont des coups de poing", fustige la partie civile. 

"Elle est à bout, elle n'en peut plus", poursuit le procureur de la République. "je fais amende honorable pour le parquet pour les faits de 2020 car il y avait la période de confinement. C'est un véritable dossier de maltraitance familiale dont les faits sont corroborés par les confidences des enfants aux éducateurs. Il ont vécu dans un contexte extrêmement dur depuis des années, un contexte terrible et inacceptable. Les séquelles psychologiques sont grandes, ils ont grandi dans un lieu où ils étaient en danger. Il n'y a pas un regret de sa part", tance le parquet qui requiert 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire renforcé, le maintien en détention et le retrait de l'autorité parentale. 

"Quand ils se séparent, c'est elle qui revient vers lui", répond la défense. "C'est un couple toxique et alcoolique. C'est ensemble qu'ils ont emmené le placement de leurs enfants en famille d'accueil. Lui, même s'il est devant vous aujourd'hui, il travaillait toute la journée, c'est elle qui s'occupait des enfants. Compte tenu de son enfance, il n'a fait que reproduire ce qu'il a vécu étant petit. Il a besoin de soins, c'est évident", plaide la robe noire.

Le prévenu est condamné à la peine de 4 ans de prison dont 1 an de sursis probatoire renforcé. Il est maintenu en détention et destitué de ses droits parentaux. Il devra également s'acquitter de 3000€ de préjudice par fille, 2000€ pour son fils et 2000€ pour son ex-compagne.