Il violente sa compagne enceinte de neuf mois de jumeaux

Rédigé le 17/01/2023
Regis Labrousse

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Des faits particulièrement violents se sont produits dans la nuit du 10 au 11 janvier dernier dans le quartier de Bras Fusil à Saint-Benoit. Une jeune femme, enceinte de 9 mois de jumeaux, a été violentée par son conjoint lors d'une dispute. Le positionnement du prévenu de 25 ans ont de quoi inquiéter la justice, donc la société. La victime est affirmative : "Les violences ont commencé depuis qu'il voit une autre femme".

Felix A., 25 ans, est du genre prudent. Il ne se déplace jamais sans un sabre et un couteau. Comme il l'indique, il préfère anticiper sur ceux qui lui veulent du mal. Ce lundi, c'est dodelinant qu'il pénètre dans la salle d'audience. Il n'est pas très grand, fin et la tête rasée mais uniquement sur les côtés laissant apparaitre un effet ananas au sommet de son crâne. Dès le début, il réfute les accusations de violences : "Tout ce qu'elle a dit, c'est faux. Elle est folle, suicidaire. C'est elle qui m'a fait mal, je ne voulais même pas la toucher. J'ai jeté ma machette et mon couteau au sol et je l'ai poussée parce qu'elle ne voulait pas que je parte pour aller voir mon autre femme", explique le prévenu à la présidente.

Pour bien se faire comprendre, il ôte son t-shirt en pleine salle d'audience afin de montrer les marques qu'il a sur le corps. Rappelé immédiatement à l'ordre par la présidente, il se rhabille. Pris de logorrhée, il poursuit : "Elle a crié sur moi et quand on me crie dessus, je pète un câble. J'étais sur les nerfs, c'est pour ça que je suis sorti prendre l'air. Après je me suis excusé et vu qu'elle m'a fait mal, je ne voulais pas faire l'amour avec elle, c'est elle qui m'est monté dessus, ça je l'assume". "Estomaqué" est le mot qui convient pour définir la réaction du tribunal à ce récit hors du temps. 

"Madame la juge, regardez son parcours à elle"

Pourtant, la victime affirme bien aux gendarmes qu'elle a subi une scène d'une rare violence. Une ITT de 3 jours à l'appui, elle leur explique qu'il l'aurait d'abord menacée avec un couperet, avant de la jeter à terre. Dans la chute, sa tête aurait cogné une table et ensuite, il l'aurait attrapée par les cheveux pour l'empêcher de s'enfuir, relate la présidente en résumant les faits. Là encore, il a une explication rationnelle : "Madame la Juge, regardez son parcours à elle. Elle a subi des viols et a un enfant placé. Avec moi, elle reprenait sa vie en main", estime-t-il.  "Pourquoi mentirait-elle alors ?", argue la magistrate. "Elle est jalouse. Elle ne supporte pas que je couche avec d'autres femmes, mais moi, je fais ce que je veux de ma vie", explique avec véhémence Felix A., qui voit une autre femme qui est aussi enceinte de lui, avant de conclure : "Moi, je ne frappe pas les femmes". "Et les hommes ?", rebondit la présidente. "Les hommes oui, si quelqu'un me touche, ça part direct"

"Nous ne sommes pas là pour juger un discours mais des faits"

Bien évidemment, le palmarès du prévenu parle pour lui. Il a écopé d'une peine de 6 ans de prison par le Tribunal pour enfant de Mamoudzou pour des faits de violences volontaires ayant entrainé la mort. "J'ai pété un câble avec toute la souffrance endurée en prison", lâche-t-il. "Et la souffrance de la victime qui est morte vous y pensez ?", fustige la présidente. "Incroyable ce discours à la légitimité de la violence", tance la procureure, effarée. "Nous ne sommes pas là pour juger un discours mais des faits. Entre son discours et les faits d'extrême violences relatés par la victime qui ne correspondent pas au certificat médical, il y a sans doute un juste milieu", poursuit le parquet qui requiert 18 mois de prison dont 6 avec sursis probatoire et le maintien en détention. 

"Ce dossier pose un certain nombre de questions. Le parquet demande 12 mois ferme mais reconnait qu'on ne sait pas ce qu'il s'est passé. Il reconnait une poussette, il n'y a rien d'autre dans ce dossier. C'est au parquet de prouver sa culpabilité, nous ne sommes pas aux Etats-Unis. Il n'y a que le certificat médical, rien ne prouve qu'il ait porté ces coups, d'autant qu'il est possible qu'elle se soit fait du mal toute seule compte tenu de son état psychologique. Elle est suicidaire et quand on l'est, on a tendance à se faire du mal soi-même", plaide la robe noire eu égard au passif médical de la victime.

"Je demande une injonction de d'éloignement pour qu'elle ne s'approche plus de moi", vocifère Felix A. sur sa lancée avant que le tribunal ne se retire pour délibérer. Tenant compte des zones d'ombres, le tribunal prononce une peine de 10 mois de prison dont 4 avec sursis, un maintien en détention et une interdiction de contact avec la victime.