St-Leu : 18 mois ferme pour le chauffard qui a brisé la vie d'une mère et risqué celle de son fils

Rédigé le 23/09/2022
Gaëtan Dumuids

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Un Saint-Leusien a été condamné à 18 mois de prison ferme pour avoir renversé une femme en décembre 2020 à Saint-Leu alors qu’il était sous l’état d’un empire alcoolique. Un accident grave qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques puisque la victime aurait pu avoir son fils de 2 ans dans les bras à quelques secondes près.

Le 27 décembre 2020, Annick* se rend chez ses beaux-parents à Saint-Leu. Elle se gare et sort prendre son fils de deux ans et demi assis à l’arrière. Elle a à peine le temps de détacher les ceintures du siège bébé qu’elle entend un gros bruit. Là, elle est percutée par une voiture et projetée à 6 mètres du point d’impact. Victime d’un traumatisme crânien, d’une fracture ouverte du tibia-péroné et de plusieurs plaies importantes, elle est transportée d’urgence à l’hôpital où elle restera plusieurs mois.

Le chauffard ne s’est pas arrêté et a poursuivi son chemin. Malheureusement pour lui, l’accident s’est produit à proximité de chez ses parents, qui se sont déplacés pour voir ce qui se passait. Rapidement, ces derniers font le rapprochement avec les dégâts de la voiture de leur fils qu’ils ont croisé et l’indiquent aux gendarmes présents. Ces derniers vont se rendre là où réside le premier suspect et vont rapidement pouvoir le confondre.

À la barre du tribunal, Jean affirme ne se souvenir de rien, mais remet en cause le fait qu’il était le conducteur à ce moment-là. Il a passé la journée à boire avec ses cousins. Lorsque les gendarmes lui font passer un test d’alcoolémie plus de 5 heures après les faits, il compte toujours 1,09 mg d’alcool par litre d’air expiré.

D’autres facteurs aggravants viennent accabler le prévenu. Le permis de ce dernier n’était plus valable suite à une condamnation de 2019 pour une conduite en état d’ivresse et pour laquelle il n’avait jamais passé la visite médicale réglementaire. De plus, l’expert mandaté va mettre en cause la dangerosité de sa voiture trafiquée pour avoir plus de puissance. Ce dernier va estimer que Jean roulait à 70-80 km/h dans une zone limitée à 50.
 

Des séquelles à vie pour la victime

Présente à l’audience, la victime va raconter, les larmes aux yeux, le calvaire qu’elle vit depuis ce jour. Elle est restée plusieurs mois à l’hôpital sans voir son fils et a subi plusieurs opérations chirurgicales. Les médecins ne savent toujours pas s’ils pourront remettre son pied en état. Se tenir debout est toujours douloureux pour elle. Annick, qui avait en charge seule son fils et ses parents, doit à présent être dépendante d’autrui. Enfin, elle cache constamment les importantes cicatrices qui recouvrent son corps.

"Ça a détruit ma vie. J’ai toujours été autonome. Aujourd’hui, des tierces personnes doivent s’occuper de mon enfant pour tout ce que je ne peux plus faire, comme le porter ou jouer avec lui. Le pire, c’est que je n’ai aucune excuse de sa part ni de sa famille", explique-t-elle. La mère de famille doit également renoncer à son projet professionnel alors qu’elle venait juste d’obtenir une formation agricole.

"J’ai été surprise du positionnement du prévenu. Il ne se souvient pas, mais ce n’est pas lui qui conduisait. S’il ne s’en souvient plus, il est bien le seul à ne pas s’en souvenir, car les autres étaient là. C’est lui qui conduisait trop vite, sans assurance et après avoir bu. Il a juste envie de sauver sa peau", souligne Me Fanny Olivier avant de détailler le calvaire de sa cliente depuis l’accident.

Venu représenter la CGSS, Me Jean-Maurice Nassar va appuyer sur la voiture modifiée du prévenu. "La voiture est une arme, l’alcool et la vitesse tuent. Le prévenu a contesté la dangerosité de sa voiture et qu’il n’est qu’un passionné de voiture qui aime les sensations fortes. Son cousin dit qu’il ne l’a pas vu faire d’écart, tout simplement parce qu’il n’en a pas fait, car il n’avait pas vu la victime" plaide-t-il.

"Il n’a pas montré l’once d’un remord"

Le procureur va également appuyer sur le comportement du prévenu. "Il n’a pas montré l’once d’un remord pour la victime", se désole-t-il avant de requérir une peine de 12 mois de prison ferme, l’annulation de son permis et interdiction de le repasser de 12 mois. Il demande également la destruction du véhicule.

Du côté de la défense, Me Nicolas Dyall tente de semer le doute sur le fait que son client était le conducteur le jour du drame. Il explique que les trous de mémoire sont logiques au vu des quantités d’alcool ingérées. Selon lui, il est étonnant que ses cousins l’aient réveillé pour le faire conduire au vu de son état. Surtout, il rappelle que les témoignages proviennent de trois frères et la compagne de l’un d’eux. Il estime qu’ils auraient largement pu profiter de l’amnésie due à l’ivresse pour l’accuser et éviter au plus jeune d’entre eux, sans permis, d’avoir à assumer ses torts.

Le tribunal va aller au-delà des réquisitions et le condamner à 18 mois de prison ferme. Son permis lui est retiré et il ne peut pas le repasser durant un an. Son véhicule est détruit. L’ensemble des dédommagements seront décidés lors d’une audience sur intérêts civils.

*Prénom d'emprunt