L'ARIPA sanctionnée : "Coup de vent dans la pêche avant la tempête", prévient l'AVAAE

Rédigé le 20/01/2023
N.P

Communiqué de lAssociation des Victimes de l'Allocation des Aides Européennes (AVAAE) après la condamnation par l'autorité de la Concurrence de l'Association Réunionnaise Interprofessionnelle de la Pêche et de l’Aquaculture (ARIPA) :

L'Association des Victimes de l'Allocation des Aides Européennes (AVAAE) s’est déjà réjoui que l'Autorité de la Concurrence ait en novembre 2022 condamné l'Association Réunionnaise Interprofessionnelle de la Pêche et de l’Aquaculture (ARIPA). Cette condamnation a mis fin à des pratiques graves et illicites d'entente anticoncurrentielle qui ont privé pendant 11 ans de nombreux pêcheurs des aides européennes auxquelles ils avaient pleinement droit. L’AVAAE n’entend pas pour autant en rester là. Son Président, Joël Hoarau, nous explique que cette condamnation n’est que le premier coup de vent qui annonce la tempête…

« Je m’appelle Joël Hoarau. Ancien armateur embarqué de pêche côtière.

En tant que président de l’AVAAE, je tenais de nouveau à prendre acte de la décision de l’Autorité de la Concurrence qui a sanctionné l’ARIPA pour avoir organisé une entente entre ses membres portant sur la fixation des prix de vente du poisson et le contrôle de la production des débouchés par un apport total de la pêche.

En tant que victime moi-même des agissements de l’ARIPA, c’est avec satisfaction que j’ai accueilli cette décision de justice. Je tiens à rappeler que c’est du fait de telles pratiques que j’ai été écarté, comme de nombreux pêcheurs, du bénéfice des aides européennes du Plan de Compensation des Surcoûts (PCS).

C’est parce que j’ai refusé de brader mon poisson aux Usiniers que l’ARIPA a refusé à son tour de m’accorder les aides du plan de compensation des surcoûts auxquelles j’avais pourtant droit. A cause de ces agissements, je me suis retrouvé dans une situation extrêmement difficile et j’ai dû vendre mon bateau. J’en suis même tombé gravement malade.

Je ne suis pas le seul dans ce cas ! Un grand nombre de pêcheurs a refusé ce chantage honteux que nous imposait l’ARIPA : « Si tu veux des aides, tu dois vendre ton poisson aux Usiniers d’après le prix qu’ils ont fixé. C’est à prendre ou à laisser !!!! »

Ce qui s’est passé est intolérable et immoral en plus d’être illégal. Malgré différents courriers d’alerte (que nous avons conservés) auprès des décideurs concernés, on a accaparé les aides destinées aux plus faibles. Pire encore, on s’est servi de ces aides pour accaparer à bas prix la production des pêcheurs. Comme s’il y avait eu une volonté de nous écraser !

Nous sommes donc heureux que l’Autorité de la Concurrence ait sanctionné l’ARIPA en qualifiant les faits de particulièrement graves. L’amende de 60 000 euros nous paraît équilibrée puisqu’elle ne va pas mettre l’ARIPA en danger. Tel n’était pas notre objectif.

Cette sanction n’est cependant que le premier coup de vent avant la tempête, une première étape qui en appelle deux autres.

La seconde étape est celle des sanctions par l’OLAF (Office européen de Lutte Anti-Fraude) qui a initié une enquête sur la régularité du versement des aides du PCS. Les enquêteurs de l’OLAF sont venus récemment à la Réunion et j’ai été entendu pour leur expliquer ce qui s’est passé.

La décision de l’Autorité de la Concurrence qui s’est livrée à une analyse détaillée va constituer une base pour tous ceux qui ont bénéficié de cette entente. Certains usiniers ayant pignon sur rue rembourseront les aides qu’ils ont illégalement obtenues. Nous pensons que l’OLAF ira plus loin car dans cette affaire il n’y a pas seulement eu entente sur les prix et contrôle des débouchés : ce n’est en effet un secret pour personne qu’il y a également eu des abus et des fraudes dans la compensation des coûts et des quantités pêchées…

Comme cela saute désormais aux yeux, on a affaire à un système mafieux sophistiqué de détournement des fonds européens au profit de certains usiniers, avec au pire la complicité, et a minima la négligence, de certains fonctionnaires et décideurs politiques.

Nous espérons donc que l’OLAF sanctionnera ceux qui ont nui aux petits pêcheurs et à la réputation de la Réunion auprès des instances européennes. Nous attendons également que le Parquet recherche rapidement les responsabilités et sanctionne sévèrement ces faits, non seulement graves du point de vue de la Loi, mais surtout dramatiques pour beaucoup de ces pêcheurs.

La troisième étape est donc celle de la réparation du préjudice subi. La sanction par l’Autorité de la Concurrence ouvre en effet la voie à celle-ci. J’invite ainsi tous les pêcheurs qui ont subi un tel préjudice sur les 11 ans qu’aura duré cette fraude à se regrouper autour de l’AVAAE afin d’en évaluer le montant en vue d’obtenir cette réparation.

Je lance également un appel au Préfet de la Réunion. Je lui dis que les petits pêcheurs que nous sommes avons cruellement besoin de son aide. C’est le rôle de l’Etat d’aider les plus faibles.

Nous allons saisir la Justice pour obtenir réparation mais nous souhaitons que le Préfet nous accompagne afin de mettre en place une commission pour soutenir les victimes, et qu’un fonds d’urgence soit créé pour avancer les indemnisations en attendant les décisions de justice.

Nous n’avons plus les moyens d’attendre !!! »

Joël Hoarau,
Président de l’AVAAE