Sauvetage d'Air Austral : Bras de fer entre la Région et Bercy

Rédigé le 03/08/2022
Pierrot Dupuy

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Même si on en parle peu, le sauvetage d'Air Austral avance à marche forcée. Une réunion capitale s'est déroulée hier soir à La Région et les choses avancent positivement du côté réunionnais. Mais c'est loin d'être suffisant pour sauver la compagnie qui doit faire face à une dette d'environ 300 millions d'euros. Seul espoir : que le gouvernement efface l'ardoise.
Le nouveau ministre délégué Jean-François Carenco serait prêt à le faire, mais à condition qu'Air Austral accepte de se rapprocher de Corsair.
Ce que la Région et les investisseurs réunionnais ne veulent pas.
Le dossier est dans une impasse. Pendant ce temps-là, Bruxelles s'impatiente.

Deux visions radicalement différentes de la façon dont la compagnie régionale Air Austral pourrait être sauvée s'affrontent.

L'Etat fait pression pour un rapprochement avec Corsair

D'un côté, le gouvernement qui, comme l'a révélé Le Monde lundi, n'a pas abandonné son projet d'un rapprochement de la compagnie réunionnaise avec Corsair au sein d'une holding dans laquelle chacune des deux compagnies serait minoritaire.

"120 millions d’euros d’argent frais seraient injectés, explique Le Monde : "55 millions d’euros de capitaux réunionnais, 30 millions provenant d’investisseurs antillais et, enfin, 35 millions apportés par Equerre Capital Partners, le fonds de "redéploiement" créé par Patrick Puy et Pascal Lebard − le premier est vétéran des restructurations d’entreprise, le second, spécialiste de l’investissement. Le fonds serait aux manettes, l’Etat apportant son soutien en abandonnant 320 millions d’euros de créances portant essentiellement sur Air Austral".
 

Le gouvernement a plusieurs atouts dans son jeu

D'abord, lui seul a le pouvoir d'effacer la dette d'Air Austral. Or, les investisseurs locaux emmenés par le groupe Deleflie ont été clairs : pas question pour eux de reprendre Air Austral si le gouvernement n'efface pas la dette.

Mais ce n'est pas tout. D'après nos informations, Bercy a directement appelé plusieurs investisseurs réunionnais pour faire pression sur eux pour les convaincre d'accepter le rapprochement avec Corsair.

Sans succès jusqu'à maintenant.
 

A La Réunion, politiques et leaders économiques font bloc

Au cours d'une réunion cruciale qui a eu lieu hier soir à la Région, l'ensemble des investisseurs réunionnais était présent autour de la table et ils ont tous, à l'unanimité, renouvelé leur engagement quant au montant de leur investissement et quant à leur souhait de voir Air Austral voler de ses propres ailes.

Cette réunion a également été très importante car elle a permis à ses participants de prendre connaissance d'expertises réalisées par des spécialistes du secteur aérien qui toutes se déclarent très optimistes quant à l'avenir économique de la compagnie. De quoi rassurer ces investisseurs...
 

A la fois sur le plan politique et économique

Le gouvernement affiche un double positionnement, à la fois politique au travers du nouveau ministre délégué des Outremer, Jean-François Carenco, et économique au travers de Bercy.

La réponse réunionnaise se situe sur les mêmes terrains. Politique avec la volonté commune affichée par la Région et le Département (Cyrille Melchior était présent lors de la réunion d'hier soir) et économique avec le tour de table réunissant les plus gros patrons de La Réunion.
 

Bruxelles en arbitre

Reste à savoir maintenant qui cèdera.

Le projet réunionnais ne peut se réaliser que si Bercy efface la dette. Et de son côté, le gouvernement peut difficilement passer en force en s'opposant à la fois aux politiques et aux acteurs économiques de La Réunion.

Il va bien falloir cependant que les choses bougent, et rapidement. Bruxelles s'impatiente. Comme le rappelle Le Monde, la Commission européenne avait demandé à la France de lui notifier un plan de sauvetage avant la fin juin. Or, la réunion censée clore le dossier, qui s’est tenue la semaine du 18 juillet au ministère de l’économie et des finances à Paris, "s’est soldée par un constat d’échec".

Bruxelles n'attendra pas indéfiniment...