Elles se disputent la garde de leur royal bourbon devant le tribunal

Rédigé le 12/07/2022
Ludovic Grondin

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​Deux amies se disputent la garde d’une chienne qu’elles ont sauvée il y a 5 ans. Une décision de justice a donné raison à celle qui n’a quasiment jamais vécu avec la chienne mais qui en est la vraie propriétaire au regard de l'identification. Pendant ce temps, la famille qui devait garder le royal bourbon provisoirement s'est attachée à l'animal au point de ne plus vouloir le rendre…

Une chienne, deux familles ! La vie de Kola pourrait basculer d’un jour à l’autre au gré d’une nouvelle décision de justice. Le 21 septembre 2021, déjà, le tribunal de Saint-Pierre a reconnu à Evelyne (prénom d’emprunt) son droit de possession sur Kola. En face, Vanessa (emprunt) regrette cette décision car la chienne a vécu avec elle pendant 5 ans. En tant que propriétaire de fait, c'est elle qui a engagé tous les frais inhérents à la vie de l'animal depuis 2017. Sans compter le lien qui s'est créé entre les deux.

Kola est une chienne de type royal bourbon née très probablement dans la rue dans le sud de l’île. C’est à proximité d’un arrêt de bus à l’Etang-Salé les Bains que trois petites chiennes sont récupérées un beau jour de 2017. 

Les deux amies s’entendent pour récupérer chacune un chien errant

"C’est moi qui suis allée les récupérer dans la rue, à proximité de cet arrêt de bus, après le signalement de leur présence sur Facebook", entame Vanessa. 

Malgré le fait qu’elle vive en appartement, Vanessa accueille les trois chiennes de quelques mois chez elle, en espérant mieux. Une maison avec jardin notamment. Les événements se décantent favorablement au fil des semaines. L’un des chiots trouve une famille à Paris, un second, baptisé Naïs, est conservée par Vanessa. Le troisième s'appellera Kola et c'est Evelyne qui l'adoptera fin décembre 2017.

Les deux amies, qui sont donc bénévoles dans la protection animale, s'entendent parfaitement bien à tel point que, en galère de logement à un moment, Evelyne demande à Vanessa de la dépanner. Les deux amies vivent donc sous le même toit quelques mois, le temps pour Evelyne de trouver son propre logement.

Alors qu’elle l’a adoptée, Evelyne ramène Kola à Vanessa au bout de deux mois

"J’hébergeais à titre gratuit à ce moment-là Evelyne parce qu’elle n’avait plus de toit", explique Vanessa. "Elle finit par trouver son logement fin février 2018 mais elle me ramène Kola fin avril en me disant que ça ne se passe pas bien et qu’elle ne peut pas la garder notamment parce que sa chienne Bella ne l’accepte pas et qu'elle fait des bêtises", rapporte Vanessa. 

Après avoir été placée brièvement sous le nom d'une association lorsqu'elle a été sauvée de la rue, la chienne avait été naturellement mise sous le nom d'Evelyne au mois de décembre 2017 auprès de l'ICAD, l’organisme qui gère les identifications. Ce changement de propriétaire est un détail à ce moment-là mais il prendra toute son importance par la suite. 

"Je récupère donc Kola en avril 2018. Le deal avec Evelyne c’était quelle recontacte l’association pour qu'elle puisse la placer dans une nouvelle famille adoptante et que je garde Kola en famille d’accueil le temps de trouver une autre famille", raconte Vanessa. Mais les mois passent et pas l’ombre d’une famille adoptante à l’horizon.

"Au bout d’un an que Kola est chez moi, je dis à mon amie : "écoute, tu étais censée prendre tout en charge financièrement et au bout de 3, 4 mois tu as arrêté de payer ses vermifuges, ses croquettes et ses soins", raconte Vanessa qui, du coup, s'est attachée à Kola au point de ne plus vouloir s'en séparer. Face à ce refus de lui rendre son chien, Evelyne, la vraie propriétaire au regard des papiers d'identification, a donc porté plainte. Face à cette preuve matérielle, Vanessa met en avant les frais déboursés et l'attachement qui a pu se créer vis-à-vis de cet animal. "J'ai assumé une chienne qui n’était pas à moi pendant un an", nous explique Vanessa dont les arguments n’ont, toutefois, pas influé sur le jugement de septembre dernier. 

Le tribunal correctionnel de Saint-Pierre a donné raison à... Evelyne, celle qui n’a donc supporté la responsabilité et la charge de l’animal que quelques mois après son sauvetage. L’histoire aurait pu s’achever là puisque Vanessa était dans l’obligation de remettre Kola à son ancienne amie Evelyne mais c’était sans compter la détermination de la maitresse de cœur de Kola. Elle a décidé de faire appel du jugement et Kola demeure pour l’heure chez elle, à Saint-Leu.

Dans le camp d'en face, Evelyne ne manque pas d’arguments non plus pour faire valoir ses droits sur l’animal. 

Selon sa version, son amie, avec qui elle est donc fâchée aujourd’hui, a tout fait pour la dissuader de reprendre Kola. Le tout en développant des prétextes bidons. 

La cour d’appel pour départager les deux maitresses

Son ancienne amie aurait avancé divers prétextes comme le fait que Kola serait malade, qu’elle était dans une phase compliquée, stressée, ou encore refusait de s’alimenter… pour ne pas la lui rendre ces dernières années. "Ma cliente n’avait aucune raison de se méfier de son amie", recontextualise l’avocate d’Evelyne dans les arguments développés auprès des juges.

Sa cliente objecte ainsi avoir voulu se débarrasser de sa chienne Kola en la laissant à la charge de son amie. Evelyne ne manque pas de rappeler que, si elle a confié la garde de la chienne de façon temporaire à son amie, elle venait régulièrement lui rendre visite et faire des promenades. "Ma cliente avait formulé des demandes verbalement à son amie pour récupérer la chienne mais elle voyait également l’attachement de celle-ci envers Kola. De ce fait, elle ne voulait pas la brusquer, pensait que le temps allait faire son œuvre", ajoute l'avocate dans ses arguments pour expliquer pourquoi sa cliente a mis du temps à vouloir récupérer l'animal. 

Il n’en a donc rien été. Au lieu de s’entendre amicalement sur le futur domicile de Kola, ses deux maitresses offrent un véritable casse-tête à la cour d’appel de Saint-Denis. Cette future audience mettra (peut-être) un terme à ce ping-pong pour le moins insolite pour la garde d’un animal.