Effet de mode et élevages clandestins : un nombre croissant de molosses dans nos rues

Rédigé le 02/05/2022
Marine Abat

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Au fil des ans, les chiens qui errent dans nos rues changent de morphologie. En raison d'un effet de mode en grande partie alimenté par l'élevage clandestin, la population canine est composée d'une part croissante de molosses.

Dans la nuit de vendredi à samedi, à La Saline-Les-Hauts, le corps d’un homme était retrouvé avec des morsures de chiens *, dont certaines visiblement infligées par de gros gabarits, probablement des molosses. Ce type d'animaux, errants ou divaguants (la différence étant que les divaguants ont des "propriétaires"), est de plus en plus aperçu dans les rues.

"On observe très souvent des phases de mode quant à l’achat d’un chien, que ce soit en vente légale ou illégale", déplore Marie Pérez, présidente de l’association Zoom, pointant du doigt les "ventes croissantes de chiens de type American Bully (race non reconnue en France), de Stafforshire Bull-terrier et d’American Staff", souvent croisés. Une problématique similaire est observée avec le Malinois, race aux besoins particuliers dont nous aurons l’occasion de reparler. 

7.500 euros d'amende

Ces ventes sont largement alimentées par l'élevage clandestin. "Énormément de ventes illégales sont observées sur les réseaux sociaux sur des groupes de ventes et de dons où la législation n’est pas respectée", notamment l'obligation d'avoir un numéro Siren ou d'identifier les animaux. Certains molosses, comme les American Staffordshire non inscrits au LOF ou croisés, sont considérés comme de catégorie 1. "Ils ne peuvent être cédés et doivent obligatoirement être stérilisés", souligne la Saint-Pauloise.

À noter que les particuliers s'adonnant à de l'élevage sans immatriculation au répertoire Siren sont passibles d’une amende de 7.500 €. Les administrateurs des groupes ou pages Facebook où sont publiées les annonces sont eux aussi passibles de lourdes sanctions en ce qu'ils participent à la commission d'infractions voire de délits.

Conséquence d'un achat compulsif lié à un effet de mode, "de plus en plus de chiens se retrouvent dans les rues, dans les fourrières, abandonnés, perdus, et majoritairement non stérilisés", s'agace Marie Pérez, qui déplore que les animaux soient perçus comme "des objets lucratifs". Et en l'absence de stérilisation, ces animaux livrés à eux-mêmes se reproduisent (lire notre article  Stérilisation animale : Fermer le robinet des naissances pour stopper les mises à mort). 
 

Alors que ces chiens "sont vendus pour la majorité sans identification, ni vaccination, ni rien", la présidente de l'association Zoom dénonce l'attitude des autorités : "Il n'y a aucun contrôle ni répressionDes chiennes qui ont servi à la reproduction sont retrouvées dans des états pitoyables (voir première photo)". 

"Le gabarit du roquet péi a bien changé"

"Le gabarit du roquet péi a bien changé", résume Laurie Carlotti, de l’association Pa d’Ac, déplorant elle aussi cet "effet de mode", tout comme l'inaction des services compétents - à savoir la DAAF pour le volet bien-être animal et la DEETS pour le volet répression des fraudes, ces deux services étant des services de la préfecture. (Lire notre article de 2019 : Les annonces illégales de vente d'animaux prospèrent. Silence de la DAAF et la DIECCTE).

"Il y a un risque de constitution de meutes avec des dangers pour la population (accidents de la route, chutes, attaques de troupeaux, morsures, etc)", met-elle en garde. Si le royal boubon a la réputation d'être un animal au caractère doux et sociable, ce changement de profil "présente des risques de dégâts plus importants, surtout en cas de morsures, du fait de la morphologie et de la puissance", alerte-t-elle, livrant un exemple effarant, celui d'"un chien de catégorie - nécessitant un permis car considéré dangereux - vendu 150 euros par un adolescent" (l'animal a été récupéré par l'association.

Réinterrogée sur les moyens mis en œuvre pour lutter contre cet élevage clandestin, la préfecture n’a pas donné suite à nos questions.


L'autopsie a permis d'écarter la piste d'une mort provoquée par les morsures
Suite à ce fait-divers marquant, de nombreuses associations se sont unies pour faire entendre leurs solutions.